Rendez-vous à la Manu

Nantes, la Manu




La Manu, ancienne Manufacture des Tabacs de Nantes, est l'antre de la neuvième édition des Crayonantes. C'est aussi un lieu chargé d'histoire.

Peut-être citera-t-on un jour la Manu de Nantes comme un endroit phare de la BD française. Mais pour l'instant, elle demeure aux yeux des Nantais un lieu historique de l'industrie locale, devenu ensuite le symbole d'une réhabilitation exemplaire de bâtiments désaffectés.

C'est en 1866 que sont terminés les travaux de la Manufacture des Tabacs de Nantes. Le projet avait été initié dix ans plus tôt par les grands patrons de l'industrie du tabac en France, c'est-à-dire l'Etat.

L'emplacement boulevard Stalingrad est choisi pour sa proximité avec la gare et la Loire, ce qui permet l'arrivée des matières premières et l'envoi de marchandises. Les travaux démarrent en 1861 et durent cinq ans, dirigés par l'architecte nantais Joseph Maury Chenantais et l'ingénieur Eugène Rolland.

La Manufacture donne beaucoup de travail. En 1878, elle compte jusqu'à 1.700 employés, la plupart étant des femmes. Celles-ci sont préférées pour "...leur dextérité, leur minutie et leur salaire de moitié inférieur à celui des hommes...". L'entreprise permet à ses salariées de bénéficier d'avantages sociaux non négligeables. En outre, l'usine dispose d'une crèche, d'une école maternelle, d'un bureau d'épargne et de salles pour les cours du soir pour adultes.

En 1974, la Société d'Exploitation Industrielle des Tabacs et des Allumettes (SEITA) décide de déplacer son centre de production en banlieue, à Carquefou. La Manufacture ferme ses portes après plus de cent ans d'activité. Le bâtiment est restitué à l'Etat et semble promis à l'abandon.

Mais la municipalité de Nantes en décide autrement. Sous l'impulsion du maire Alain Chénard, les architectes Georges Evano et Sylvie Julien sont chargés de réhabiliter la Manu et d'en faire un nouveau coeur de quartier. Les travaux durent deux ans. En 1983, l'endroit flambant neuf propose des logements sociaux, des services municipaux, une auberge de jeunesse, une crèche, un foyer pour personnes âgées et une bibliothèque.

La législation française imposant que 1% des subventions de construction et de réhabilitation doivent être consacrées à des oeuvres artistiques, deux sculpteurs et trois photographes sont invités. Ainsi les statues "La cigarière" (au centre de la place) et "La petite fille" (dans les allées intérieures) sont signées Jacques Raoult, tandis que Gaston Watkin réalise "Les compagnons du travail" (les chevaux de labour) et une statue du syndicaliste Jules Durand, dont il ne reste aujourd'hui que le socle.

Les trois photographes (Christian Boltanski, Alain Fleischer et Bernard-Xavier Vailhen) se chargent quand à eux de restituer la mémoire de l'endroit. Ils se procurent des images d'ouvrières datant de 1927 et les agrandissent pour les exposer à divers endroits de la Manu.

C'est donc un lieu chargé d'histoire qu'investissent chaque année les Crayonantes. Le bâtiment loué lors de huit précédentes éditions (1), qui fait l'angle entre le boulevard Stalingrad et la rue de Manille, était le Bâtiment I de la Manufacture, un magasin de stockage des marchandises. Il est aujourd'hui un rendez-vous obligé des bédéphiles nantais.

Photos : Richard.

Sources :

(1) Seule l'édition de 2010 des Crayonantes n'a pas eu lieu à la Manufacture. Le festival avait en effet été organisé au Château des Ducs de Bretagne.

 







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