Interview d’auteur : Anaïs Goldemberg

Anaïs Goldemberg




Anaïs Goldemberg est selon ses propres termes illustratrice le jour et couturière la nuit. Et dire qu'on croyait que c'était une sorcière ! Elle s'explique pour Taille-Crayon.

Bonjour ! Je m'appelle Anaïs Goldemberg, j'ai trente ans et je suis née sur une île lointaine.

Depuis quand vis-tu à Nantes ?

J'ai passé trois ans à Nantes au moment de mes études à l'école Pivaut. Après j'ai essayé la vie à d'autres endroits, avant de revenir ici il y a cinq ans, où je me plais beaucoup.

Anaïs GoldembergA quel moment as-tu décidé de faire de l'Illustration ?

Je ne suis pas sûre d'avoir décidé grand chose, mais quand j'ai réalisé à cinq ans que le métier de fermière n'était pas forcément mon truc, il a bien fallu trouver autre chose. J'ai toujours dessiné, alors j'ai envisagé un métier artistique au sens large... Avant de me retrouver à peindre des sorcières et des monstres pour gagner ma vie.

As-tu participé à un collectif ?

Oui, j'ai fait partie d'un collectif de graphistes, d'illustrateurs et de photographes qui s'appelait Pa-. On publiait des revues de temps en temps dans lesquelles on improvisait des images autour d'un thème. C'était bouillonnant, créatif, et un excellent échappatoire aux commandes d'édition jeunesse qui m'occupaient en parallèle.

Où travailles-tu ?

J'ai travaillé en atelier pendant deux ans. C'était bien : le fait de se réunir avec d'autres illustrateurs est plein d'émulation et de réconfort. Malheureusement c'est fini, et je suis de retour chez moi, à travailler sur une table trop petite en attendant mieux.

Anaïs GoldembergQuelles ont été tes lectures d'enfant ?

Euh...nombreuses. Pratiquement toute la collection Médium de l'École des Loisirs, un Spirou toutes les semaines, les Tintins, les Semaines de Suzette de ma mère, la Rubrique à Brac quand je tombais dessus... En gros, j'ai passé mon enfance à dévaliser les rayons de la médiathèque du coin.

Et maintenant, que lis-tu ?

J'ai lu énormément de Fantasy, et je commence à m'en lasser. J'aime les auteurs qui écrivent aux frontières des styles, qui apportent de la profondeur à un univers très codifié. Neil Gaiman, Terry Pratchett, Diana Wynne Jones, par exemple. En attendant la prochaine découverte, je relis Bone pour la énième fois 🙂

Quelles sont tes influences ?

Je passe beaucoup trop de temps sur internet, ce qui a quand même une chose de bien : je tombe parfois sur des petites pépites. J'ai découvert Ryan Adrew, Jake Wyatt comme ça, et chaque jour il y a des choses nouvelles. Après, il y a tellement d'images à voir... je crois que je marche au coup de cœur : je vois une image qui me parle, je la range dans un coin de ma tête et tout ça alimente l'inspiration comme ça peut.

Anaïs GoldembergComment qualifierais-tu ton style ?

Je travaille à la gouache alors que les catalogues des éditeurs et de la presse jeunesse sont remplis d'illustrations numériques : je dirai donc que mon style est... en voie de disparition. Plus sérieusement, je continue en tradi parce qu'il me reste plein de choses à découvrir, j'ai l'impression de n'avoir fait qu'effleurer cette technique, que j'aime beaucoup. Mais je suis bien consciente qu'il y a un décalage entre la gouache telle que je la pratique et la demande des éditeurs, basée bien souvent sur la capacité à rendre un boulot le plus vite possible. Je ne sais pas comment cela va évoluer, mais c'est extrêmement frustrant de faire passer la qualité après la productivité.

As-tu, en dehors de l'illustration, une passion, un violon d'Ingres ?

L'impro et la couture ! L'un pour le défoulement, l'autre pour s'appliquer sur autre chose que la peinture.

Quel est ton coup de coeur artistique du moment ?

Depuis que j'ai découvert son travail, j'ai décidé de devenir Hermann Vogel quand je serai grande.

Anaïs GoldembergQuelle a été ta première publication ?

J'ai illustré un album entier chez Fleurus. Pour un premier boulot, c'était énorme.

Qu'as-tu ressenti devant l'ouvrage ?

Je suis très rarement satisfaite de mon travail. Du coup, j'imagine que j'ai eu envie de tout recommencer.

Dans ton parcours d'auteur, quelles publications te semblent particulièrement importantes ?

J'ai beaucoup aimé illustrer le conte de Baba Yaga chez Oxford University Press. C'était il y a deux ans je crois. J'y ai vu un premier pas vers l'illustration telle que j'aimerais en faire tout le temps : jeunesse mais pas trop, un peu plus sombre que d'habitude mais pas trop non plus, un peu comique mais pas trop... C'était très diffus, mais c'était là. Bon, comme j'ai enchaîné sur "Doubi l'ourson" après, j'ai un peu perdu de vue là où je voulais emmener mon style... En ce moment, je réalise ce que je considère comme mon premier projet personnel : "Une saison chez les sorcières". Enfin ! Au bout de dix ans d'illustration, il était temps ! Du coup, on verra comment ça va se passer, mais pour l'instant je me sens à la fois très libre et très très ambitieuse dans la qualité de travail que j'ai envie d'atteindre. C'est un curieux mélange...

Ton actu, c'est quoi ?

"Une saison chez les sorcières", justement, matin, midi et soir. C'est un projet total, dans le sens où je fais un pas de côté par rapport à l'édition traditionnelle et sa chaîne du livre en plein déboulonnage, pour pouvoir me préserver dans l'élaboration de ce projet. Les sorcières, ce sont des personnages que je dessine depuis des années. Elles ont même eu droit à deux parutions, malheureusement loin de l'idée que j'en avais. J'ai donc décidé de reprendre ces persos et de leur donner une histoire comme je l'imagine. J'ai organisé une campagne sur Ulule en fin d'année dernière pour voir si financièrement, je pouvais assurer ce projet. Ça a marché au delà de mes espérances et je sais que je pourrais imprimer les deux premiers tomes des aventures des sorcières, qui en auront quatre. Je sais aussi qu'il y a des futurs lecteurs qui attendent ces livres, c'est très concret comme projet. C'est extrêmement prenant comme expérience, et j'espère que les sorcières auront enfin un chouette livre pour elles.

Anaïs GoldembergTu aimes le contact avec le public ?

Énormément ! J'aime beaucoup les salons à taille humaine, et les liens très directs qu'on y tisse, autant avec les lecteurs qu'avec les autres auteurs et illustrateurs. Quand on travaille chez soi, on est tellement loin des lecteurs qu'on oublie parfois la finalité du livre. Du coup, rencontrer des gens qui ont lu ou qui vont lire le résultat de tous ces mois de boulot, c'est une expérience incroyable. Ça justifie un peu ce qu'on fait.

Qu'est-ce qui, à Nantes, pourrait favoriser le développement des activités des illustrateurs ?

Je vois plutôt des actions à mener au niveau national, vu la décrépitude de notre statut. Il y a énormément de pédagogie à faire auprès de tous les acteurs de la chaîne du livre pour restaurer de bonnes conditions de travail et respecter chacun d'entre nous. Nous travaillons tous pour faire des livres, punaise, ce n'est pas rien ! Et pourtant, avec la refonte de l'agessa et de la maison des artistes, du changement des cotisations retraite qui vont nous plonger un peu plus vers la paupérisation et la remise en cause du droit d'auteur au niveau européen, j'ai l'impression qu'on se dirige vers des temps très durs. J'espère que la culture ne va pas en souffrir. J'espère qu'il y aura une prise de conscience massive, bien au-delà des auteurs et illustrateurs.

Merci Anaïs !

Merci Taille-crayon pour la mise en valeur des artistes locaux...

Le web d'Anaïs :

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