Interview d’auteur : Sébastien Vassant

Sébastien Vassant




Sébastien Vassant, co-auteur des "Frères d'Ombres" (2013, Futuropolis) et collaborateur de La Revue Dessinée, est installé depuis peu à Nantes. Il répond aux questions de Taille-Crayon.

Bonjour Sébastien. Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m'appelle Sébastien Vassant, et je suis originaire de Paris. Enfin, juste de l'autre côté du périph'.

Tu vis à Nantes depuis quand ?

Cela fait pile un an que je suis arrivé à Nantes, après quatre années bucoliques à Clermont-Ferrand.

Tu as suivi quoi comme études ?

Après un bac littéraire, j'ai intégré l'institut des beaux arts Saint-Luc à Liège, en Belgique. J'y ai mené de front mes études spécialisées dans l'illustration et la BD.

A quel moment tu as décidé de te consacrer sérieusement au dessin ?

Quand je suis rentré dans l'adolescence et quand j'ai compris qu'il y avait des auteurs qui faisaient les BD que je lisais petit. Avant je voulais être avocat.

Tu as participé à un collectif, un fanzine ?

Comme beaucoup, j'ai monté un fanzine pendant mes études avec des copains de Liège (Luis DaSilva, Laetitia Cassan, Niko Henrichon, Jérome Degive...). Ca s'appelait "La Tartine de Choco" et on avait fait un supplément "La tasse de thé". Après, j'ai carrément monté une édition indépendante "La Boîte d'Aluminium" de 2002 à 2008. J'ai commencé par des collectifs où j'ai fait quelques pages mais le but n'était pas de m'auto-publier. On a édité des livres du belge Fifi et de l'israélo-américain Koren Shadmi. J'ai aussi créé la collection Discover pour les éditions Paquet. C'est là que j'ai rencontré Thomas Cadène, avec qui on a lancé d'autres trucs par la suite ! Mais tout ça c'est plus un métier d'éditeur.

Frères d'ombreQu'est-ce qui te plaît dans le métier de la BD ?

La BD est sans exagérer le médium le plus complet à mon avis. Tout doit être créé, acquis. De l'exigence littéraire de l'écriture, à la représentation du mouvement. C'est un moyen génial pour raconter toutes sortes d'histoires.

Tu travailles où ?

J'ai longtemps travaillé chez moi. Depuis que je suis arrivé à Nantes, j'ai eu la chance d'intégrer tout de suite l'atelier de La Baie Noire, avec Rapahael Beuchot, Arno Monin, Marta Orzel ou Remi Gourrierec. On est aussi voisins de l'atelier Oasis 3000 et Radar un peu plus loin. C'est une stimulation exceptionnelle pour moi.

C'était quoi, tes lectures d'enfant ?

J'ai une grande nostalgie de mes anciens Pif Poche et Placid et Muzo Poche. J'adorais ça. Et quand je les relis maintenant, je trouve ça tellement bien parce que c'est naïf et vraiment pas drôle ! Ca en devient comique. Je lisais beaucoup Picsou aussi et j'ai glissé doucement vers le franco-belge, bizarrement par Gotlib et Bercovici. J'ai découvert le magazine Spirou dans la foulée.

La Voix des Hommes qui se mirentEt maintenant, tu lis quoi ?

Surtout les livres des copains par flemme. Sinon je suis surtout attiré par la BD américaine indépendante et je suis quelques auteurs francophones tels que David Prudhomme, De Crecy, Blutch... Mais en règle générale, je prends tout ce qui me passe sous la main.

C'est quoi tes influences, dans l'art en général ?

En BD, c'est principalement Will Eisner, qui a changé ma perception de la BD. On peut facilement ajouter Daniel Clowes, Chris Ware de façon générale, ainsi qu'Hergé. Au niveau du dessin, outre Eisner, je voue un culte pour le génie de David Prudhomme et aussi De Crecy et Blutch. Après, mes influences s'éloignent de plus en plus de la BD. J'ai beaucoup appris sur la narration grâce au cinéma. J'adore les astuces narratives et l'inventivité de Spielberg. Je suis devenu très sensible à la retenue et à la subtilité dans le traitement des histoires. Du coup, j'essaie beaucoup d'apprendre des films de Kore-Eda qui sont merveilleux, ceux de Kelly Reichardt qui sont envoûtants, de Jane Campion qui sont délicats. J'apprécie énormément le travail très pointu des scénarios de Mad Men. De manière générale c'est la subtilité des personnages qui me touche, même dans un film aussi cynique que peut l'être "Dark Horses" de Todd Solondz. Evidemment, la littérature est hyper importante : Ca passe de Gary à Easton Ellis. J'ai découvert Haruki Murakami récemment et ça me parle vraiment. J'aime beaucoup le mélange des genres et j'y retrouve complètement le type d'histoires que j'aimerai faire.

D'autres oeuvres t'ont marqué ?

Tout est assez inspirant. La musique est particulièrement utile pour rythmer son travail et se mettre dans une bulle qui correspond à l'atmosphère que l'on souhaite rendre. Je m'écoutais en boucle un double cd de musiques de western que j'avais acheté pour dessiner des cowboys. La folk de Beirut, Vandaveer, Dylan me calme et me rassure. Le rock garage ou la musique électro me stimulent dans mes prises de risque. Les chansons françaises de Betrand Belin me rendent délicats dans mon dessin et quand j'écoute, comme en ce moment, des rythmes plus énergiques comme Yo la tengo ou même Mina Tindle, j'ai un trait plus nerveux. L'architecture me fascine aussi mais je n'y connais pas grand chose. J'essaye de me souvenir de ma passion pour la peinture mais c'est pas évident faute de temps. J'aime beaucoup la force de Hooper, l'ingéniosité de Picasso, la vibration de Kirshner.. et aussi Dix, Matisse, Kahlo... Je m'intéresse pas mal au graphisme aussi. Après, je suis assez perméable à tout ce qui se présente au niveau artistique et culturel. Mais je n'aime pas tout pour autant.

Comment tu qualifierais ton style ?

Je crois que j'ai un style complètement foireux. J'ai l'impression de tituber dans mon dessin. Je tente malgré moi de le contrôler mais je n'y arrive pas. Ca m'arrive souvent d'avoir une attitude super juste et un trait hyper vivant et ensuite faire un visage mal proportionné avec un trait raide comme c'est pas possible. Je crois que j'aime dessiner vite, avec un style d'écriture plus que de dessin. Mais ça ne veut pas dire bâclé. L'idéal serait d'être parfait constamment dans le premier jet. Je n'y arriverai donc jamais. En fait, mon style est assez déprimant pour moi.

Tu as une passion, un violon d'Ingres ?

Tout se recroise un peu donc je dirais le dessin, le ciné, la musique, la peinture, la cuisine... J'adore le fait de faire pousser des plantes, surtout des arbres. J'essaye de faire pousser tous les pépins, graines, noyaux...

Rodney contre le robotC'est quoi ton coup de coeur artistique du moment ?

En ce moment, je m'enthousiasme surtout sur le travail des copains nantais. Voir travailler Raphaël est passionnant par exemple et je me plonge dans les dessins des auteurs de l'atelier Oasis 3000. Sinon, en ce moment, suite aux émissions radio sur Inter autour de Flaubert, j'ai décidé de lire Madame Bovary et je découvre un style d'écriture assez impressionnant. C'est d'un brio incroyable. C'est vraiment de l'orfèvrerie. J'ai aussi découvert ces derniers jours le cinéma de Mike Leigh et la série Black Mirror.

Parle nous de ta première publication.

Mon premier livre était une BD muette pour la jeunesse "Rodney contre le Robot", sortie en 2006 je crois. J'ai assez de mal à gérer la sortie d'un livre, de voir mon travail publié. Je suis assez schizophrène à ce niveau et c'est un mélange de fierté, de dégoût et de dépression car je me trouve complètement nul. Je suis surtout pressé de faire un nouveau livre meilleur.

Dans ton parcours d'auteur, quelles publications te semblent particulièrement importantes ?

L'accablante apathie des dimanches à RosbifToutes les premières BD sont importantes car elles représentent des étapes dans mon évolution. Peut-être "L'accablante apathie des dimanches à rosbif", écrit par Gilles Larher chez Futuropolis. Ca a été le livre qui m'a projeté réellement dans le métier, m'a poussé à dessiner un gros livre, m'a construit mon style. Le premier reportage que j'ai fait pour La Revue Dessinée est aussi important car il m'a permis de travailler d'avantage la narration et le scénario et ce travail me sert énormément aujourd'hui. Les prochains livres seront aussi très importants car j'ai la pression de les écrire moi-même également.

Ton actualité ?

J'ai réalisé un deuxième reportage pour La Revue Dessinée avec la journaliste Elsa Fayner. C'est un gros reportage sur le malaise social et structurel de La Poste qui est paru dans le numéro 4 en juin de la revue. Je viens aussi de terminer un marathon de dix mois. Avec Gilles Larher, nous avons publié de façon hebdomadaire un feuilleton sur internet intitulé "La Liste Valérond-Lourcelles". C'est un genre de comédie romantique que nous avons mené de septembre 2013 à début juillet de cette année. Pendant 10 mois donc j'ai dû réaliser environ 300 pages de BD en plus de mon travail habituel. Mais c'était génial.

La Revue Dessinée #04Le projet dont tu rêves ?

J'ai pas mal de projets en cours de bd-reportages. C'est quelque chose qui me passionne et qui me plaît. Mais j'ai hâte de me plonger également dans des histoires de fictions que j'écrirai moi-même. En ce moment, j'ai aussi envie de prendre du temps pour revenir au fanzine, à construire des petites choses, des objets dessinés.

Tu aimes le contact avec le public ?

J'ai appris que le contact avec le public est quelque chose de nécessaire dans le métier de dessinateur. Ca permet de rencontrer les gens qui lisent les livres, ça permet de se situer parmi les autres dessinateurs, de créer des rencontres, de flatter son égo. J'aime beaucoup également assister à des rencontres avec d'autres auteurs qui parlent de leur travail.

A ton avis, à Nantes, qu'est-ce qui pourrait favoriser le développement des activités des illustrateurs et auteurs de BD ?

Il y a beaucoup de choses à Nantes alors c'est peut-être plus dur qu'ailleurs finalement de lancer des choses. Il faut être inventif à mon avis. La richesse nantaise au niveau de la bande dessinée pourrait permettre de créer des rencontres et des événements ouverts et actifs. Il y a beaucoup d'autres activités artistiques à Nantes et je pense que c'est la ville idéale pour créer des ponts entre ces activités.

Merci Sébastien !

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