Interview d’auteur : Stéphane Puisney

Interview Stéphane Puisney




Stéphane Puisney a longtemps travaillé pour la télévision avant de se consacrer aujourd'hui à la bande dessinée. Il a vécu quelques années à Nantes et à ce titre répond aux questions de Taille-Crayon.

Bonjour Stéphane. Peux-tu te présenter brièvement ?

Stéphane Puisney, 55 ans né à Saint-Lô dans la Manche.

Tu a vécu à Nantes ?

stephane-puisneyAu début des années 90 j'ai cherché un job de graphiste sur Rennes et Nantes, ça n'a rien donné. Plus tard, j'ai partagé mon temps entre Nantes, Saint-Lô et Paris de 1994 à 1997. Ma future épouse était Nantaise d'adoption. Après notre mariage, nous nous sommes installés près de Caen.

Tu as suivi quelles études ?

J'ai dessiné en cours jusqu'à un Bac Scientifique, à Saint-Lô puis beaucoup plus tard, en 1990, j'ai suivi une formation courte à l'Ecole des Gobelins sur Paris et Noisy-le-Grand.

A quel moment as-tu décidé de faire du dessin ton métier ?

Dès l'enfance j'ai aimé dessiner. Mais la décision d'en faire un métier est venue au lycée. Douze ans de plus pour oser et j'ai franchi le pas.

As-tu participé à un fanzine ou un collectif ?

Au journal du collège dans les années 1970, on dessinait sur des stencils, toute une époque ! Ça m'a permis de voir que j'avais encore beaucoup de progrès à faire. Mais j'avais quelques potes très talentueux, ça motive.

Qu'est-ce qui te plaît dans le mode d'expression que tu as choisi ?

Avant tout, le plaisir du dessin, de créer une image, ensuite de raconter une histoire. Plus tard, quand mes illustrations ont été utilisées en télé, j'avais la responsabilité du produit prêt à diffuser. Le partage avec les amis journalistes et les techniciens était très enrichissant. Actuellement mes séries historiques sur la Normandie et très bientôt sur la Bretagne attisent mon intérêt pour l'Histoire. J'apprends tous les jours !

Tu travailles où ?

J'ai aménagé une pièce chez moi. C'est plus facile pour aller travailler l'hiver, j'ai rarement du verglas dans l'escalier... Plus sérieusement, j'aime bien travailler seul au calme et pour contrebalancer, je suis souvent en salon ou chez les libraires et là je vois du monde.

C'était quoi, tes lectures d'enfant ?

L'Album des Jeunes de Sélection du Reader'Digest, offert chaque année par mon oncle pour mon anniv' ! Avec une mention spéciale pour celui de 1974 (je les ai toujours !) qui ouvrait sur un dossier spécial BD. J'ai bavé plus d'une fois devant les planches de Druillet et Mézières qui y étaient présentées ! Sinon, j'étais adepte de Pilote, Pif, Tintin, Astérix, les Schtroumpfs... Mais faute de moyens, j'ai attendu de gagner un peu d'argent pour acheter mes premiers albums. Depuis, je me suis rattrapé... Et j'ai tous les Mézières, entre autres !

Et maintenant, tu lis quoi ?

Beaucoup de publications historiques, pour le job, ce qui me laisse peu de temps pour le reste mais je m'offre un album de BD de temps en temps avec une dominante pour les thèmes liés à la mer, Pratt, Bourgeon, Pellerin, Delitte… La qualité du dessin est souvent un déclencheur, j'aime toujours apprendre des autres !

Quelles sont tes influences picturales ?

En BD : Peyo, Mézières, mon copain Luguy et bien d'autres, mais difficile de les citer tous. En peinture : Renoir et les Impressionnistes, Georges Mathieu, Mondrian, Siudmak, Dali, Giger, Moretti, et bien-sûr des peintres de marine comme Marin Marie ou John Chancellor. C'est très varié ! Au cinéma : Ridley Scott, Lucas ou Spielberg m'ont souvent embarqué dans leurs univers, mais je n'ai plus le temps d'y aller.

D'autres œuvres t'ont marquées ?

J'avoue être un peu hermétique à la mode ou à la danse, ce sont des modes d'expression qui me laissent perplexe (on ne peut pas tout comprendre). Les sculptures de Botero m'amusent et pour la musique, je serai plutôt rock. Je ne ferai pas la liste elle est trop longue, mais je citerai le groupe Bijou dont j'étais fan au début des années 80 et dont Dauga, le bassiste est devenu un ami.

Comment tu qualifierais ton style ?

D'inqualifiable ! Je plaisante mais l'influence de Peyo s'est estompée, je ne suis plus tout à fait dans les gros nez. Le soin des décors de Bourgeon ou Pellerin sont parmi mes références, Mézières aussi, toujours. Je fais un mix de tout ça à ma sauce. Même le format de mes albums est marginal, certains considèrent que ce n'est pas de la BD. A chacun son ouverture d'esprit !

Tu as une passion, un violon d'Ingres ?

Pendant des années, le sport me permettait de me vider la tête, mais avec l'âge, les articulations commencent à émettre des protestations. J'aimerais retrouver du temps pour naviguer un peu. Si quelqu'un sait fabriquer des journées de 48 heures !

Ton coup de cœur artistique du moment ?

"La javanaise" : Une histoire en 2 tomes dessinée par Annabel. J'aime beaucoup l'élégance de son graphisme.

Ta première publication ?

Une BD sur la campagne électorale des législatives de 1977 vue par un lycéen dans un journal local qui n'a pas survécu au scrutin. Evidemment pas payée, "Ça te fera connaître !". Quel jeune n'a pas connu ça ? J'ai ressenti l'excitation d'une première fois en finissant le dessin et ensuite, beaucoup de frustration : le format avait été réduit au minimum lisible et la qualité d'impression surtout à l'époque était loin du livre d'art. Mais ça avait bien fait marrer les potes au lycée !

Lesquelles de tes publications te semblent particulièrement importantes ?

Le premier vrai album, "Le Bestiaire fou du Pr. Perrotte", tiré des séquences télé que nous préparions pour l'émission "Le Jardin des Bêtes" sur France 3 avec Jacques Perrotte et Guérard en 1992, et plus tard ma série sur l'Histoire normande, "La Saga des Lefébure", issue elle aussi de modules courts que j'ai créés pour France 3 Normandie en 1999. Il y a longtemps que les épisodes ne passent plus à l'antenne mais les gens se souviennent encore et attendent le tome 8 que je vais commencer début 2015. La série poursuit sa vie sans la télévision.

stephane-puisney-dictionnaire-arts-martiauxTon actualité ?

J'ai sorti il y a quelques mois un "Dictionnaire rigolopédique des arts martiaux" qui marche très bien. Les pratiquants de sports de combat ne manquent pas. Et ne manquent pas... d'humour ! Je suis en train d'achever le premier tome d'une nouvelle série sur le même principe que les Lefébure : "La Saga des Le Bihan" qui nous fera découvrir l'Histoire de la Bretagne, Loire-Atlantique comprise ! Mon grand-père maternel était breton des Côtes du Nord comme on disait à l'époque, j'ai passé la plupart de mes vacances en Bretagne lorsque j'étais môme, il y a longtemps que j'avais prévu de m'intéresser à cette région. Parallèlement, j'ai commencé un autre projet où je combine dessin et photos, mais chut ! Pour l'instant, c'est top-secret !

Le projet dont tu rêves ?

Quand j'ai commencé ma série normande il y a quinze ans, je venais de finir le découpage et les premières pages d'un album qui se déroulait sous l'Empire. Depuis, j'ai recommencé ces quelques pages à plusieurs reprises mais je manque de temps pour le mener à bien. J'espère le finir un jour et le voir enfin en librairie.

Tu aimes le contact avec le public ?

Bien-sûr que le contact avec les lecteurs est très agréable. D'abord, je romps l'isolement de mon bureau, ensuite ces rencontres en librairie ou en salon sont l'occasion d'avoir un retour sur le travail accompli. Et c'est très agréable de voir un jeune (ou un moins jeune) revenir pour compléter sa collection et repartir avec le sourire quand on lui a fait une dédicace sur son album. Je fais peu de rencontres en médiathèques ou dans les écoles, mais le regard des enfants est aussi intéressant, ils sont très directs dans leurs questions, sans arrière-pensée.

Es-tu d'accord avec l'association Taille-crayon qui pense que Nantes est un vrai vivier de talents ?

J'ai l'impression que le milieu bouillonne pas mal sur Nantes. Maintenant que je sors plus de Normandie avec mon dernier livre, j'ai fait la connaissance de jeunes Nantais d'origine ou d'adoption qui promettent. Dernière en date, Ingrid Liman qui travaille avec Jérôme Félix, un copain normand : Le monde est tout petit et toujours en mouvement !

Tu gardes quel souvenir de Nantes ?

Une vie culturelle riche, le souvenir d'une ville animée : Les cinés du centre-ville, le marché de Talensac, Decré, La Cigale, le Musée Dobrée, celui des Beaux-Arts. Et le patrimoine ! Le château des Ducs, le passage Pommeraye, le Jardin des Plantes. Et puis, c'était la ville de ma future épouse, comment ne pas l'aimer ?

Qu'est-ce qui, à Nantes, pourrait favoriser le développement des activités des bédéastes et des illustrateurs ?

Honnêtement je ne suis pas revenu assez souvent à Nantes pour me prononcer. La présence de librairies spécialisées dans la BD et le festival CrayoNantes sont déjà une bonne base, le talent des dessinateurs nantais, une belle vitrine, je dirais ne pas baisser les bras car ces temps-ci sont durs pour tous. Il faut tenir et garder l'envie de faire des choses !

Merci Stéphane.

Sur le web : www.stephanepuisney.jimdo.com

 



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